La chanson des vieux amants
Bien sûr nous eûmes des
orages
Vingt ans d'amour c'est l'amour fol
Mille fois tu pris ton bagage
Mille fois je pris mon envol
Et chaque meuble se souvient
Dans cette chambre sans berceau
Des éclats des vieilles tempêtes
Plus rien ne ressemblait à rien
Tu avais perdu le goût de l'eau
Et moi celui de la conquête
Mais
mon amour
Mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais, je t'aime
Moi je sais tous les
sortilèges
Tu sais tous mes envoûtements
Tu m'as gardé de piège en piège
Je t'ai perdue de temps en temps
Bien sûr tu pris quelques amants
Il fallait bien passer le temps
Il faut bien que le corps exulte
Finalement finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes
Oh mon
amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime
Et plus le temps nous fait
cortège
Et plus le temps nous fait tourment
Mais n'est-ce pas le pire piège
Que vivre en paix pour des amants
Bien sûr tu pleures un peux moins tôt
Je me déchire un peu plus tard
Nous protégeons moins nos mystères
On laisse moins faire le hasard
On se méfie du fil de l'eau
Mais c'est toujours la tendre guerre
Oh mon
amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime
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 Les
vieux
- Les vieux ne parlent plus ou alors seulement
parfois du bout des yeux
- Même riches ils sont pauvres, ils n'ont plus
d'illusions et n'ont qu'un coeur pour deux
- Chez eux ça sent le thym, le propre, la lavande
et le verbe d'antan
- Que l'on vive à Paris on vit tous en province
quand on vit trop longtemps
- Est-ce d'avoir trop ri que leur voix se lézarde
quand ils parlent d'hier
- Et d'avoir trop pleuré que des larmes encore
leur perlent aux paupières
- Et s'ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir
la pendule d'argent
- Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non,
qui dit: je vous attends
- Les vieux ne rêvent plus, leurs livres
s'ensommeillent, leurs pianos sont fermés
- Le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne
les fait plus chanter
- Les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop
de rides leur monde est trop petit
- Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et
puis du lit au lit
- Et s'ils sortent encore bras dessus bras dessous
tout habillés de raide
- C'est pour suivre au soleil l'enterrement d'un
plus vieux, l'enterrement d'une plus laide
- Et le temps d'un sanglot, oublier toute une heure
la pendule d'argent
- Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non,
et puis qui les attend
- Les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour
et dorment trop longtemps
- Ils se tiennent la main, ils ont peur de se
perdre et se perdent pourtant
- Et l'autre reste là, le meilleur ou le pire, le
doux ou le sévère
- Cela n'importe pas, celui des deux qui reste se
retrouve en enfer
- Vous le verrez peut-être, vous la verrez parfois
en pluie et en chagrin
- Traverser le présent en s'excusant déjà de
n'être pas plus loin
- Et fuir devant vous une dernière fois la pendule
d'argent
- Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non,
qui leur dit: je t'attends
- Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et
puis qui nous attend.
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Ces gens-là
D'abord, d'abord
y a l'aîné
Lui qui est comme un melon
Lui qui a un gros nez
Lui qui sait plus son nom
Monsieur tellement qui boit
Ou tellement qu'il a bu
Qui fait rien de ses dix doigts
Mais lui qui n'en peut plus
Lui qui est complètement cuit
Et qui se prend pour le roi
Qui se saoule toutes les nuits
Avec du mauvais vin
Mais qu'on retrouve matin
Dans l'église qui roupille
Raide comme une saillie
Blanc comme un cierge de Pâques
Et puis qui balbutie
Et qui a l'oeil qui divague
Faut vous dire Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne pense pas Monsieur
On ne pense pas, on prie
Et puis y a
l'autre
Des carottes dans les cheveux
Qu'à jamais vu un peigne
Qu'est méchant comme une teigne
Même qu'il donnerait sa chemise
A des pauvres gens heureux
Qui a marié la Denise
Une fille de la ville
Enfin d'une autre ville
Et que c'est pas fini
Qui fait ses petites affaires
Avec son petit chapeau
Avec son petit manteau
Avec sa petite auto
Qu'aimerait bien avoir l'air
Mais qui a pas l'air du tout
Faut pas jouer les riches
Quand on n'a pas le sou
Faut vous dire Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne vit pas Monsieur
On ne vit pas, on triche
Et puis y a les
autres
La mère qui ne dit rien
Ou bien n'importe quoi
Et du soir au matin
Sous sa belle gueule d'apôtre
Et dans son cadre en bois
Y a la moustache du père
Qui est mort d'une glissade
Et qui regarde son troupeau
Bouffer la soupe froide
Et ça fait des grands chloups
Et ça fait des grands chloups
Et puis y a la toute vieille
Qui en finit pas de vibrer
Et qu'on attend qu'elle crève
Vu que c'est elle qui a l'oseille
Et qu'on n'écoute même pas
Ce que ces pauvres mains racontent
Faut vous dire Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne cause pas Monsieur
On ne cause pas, on compte
Et puis et puis
Et puis y a Frida
Qui est belle comme un soleil
Et qui m'aime pareil
Que moi j'aime Frida
Même qu'on se dit souvent
Qu'on aura une maison
Avec des tas de fenêtres
Avec presque pas de murs
Et qu'on vivra dedans
Et qu'il fera bon y être
Et que si c'est pas sûr
C'est quand même peut-être
Parce que les autres veulent pas
Parce que les autres veulent pas
Les autres ils disent comme ça
Qu'elle est trop belle pour moi
Que je suis tout juste bon
A écorcher les chats
J'ai jamais tué de chats
Ou alors y a longtemps
Ou bien j'ai oublié
Ou ils sentaient pas bon
Enfin ils ne veulent pas
Enfin ils ne veulent pas
Parfois quand on se voit
Semblant que c'est pas exprès
Avec ses yeux mouillants
Elle dit qu'elle partira
Elle dit qu'elle me suivra
Alors pour un instant
Pour un instant seulement
Alors moi je la crois Monsieur
Pour un instant
Pour un instant seulement
Parce que chez ces gens-là
Monsieur on ne s'en va pas
On ne s'en va pas Monsieur
On ne s'en va pas
Mais il est tard Monsieur
Il faut que je rentre chez moi.
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