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La mer a pris Éric Tabarly. Il était l'un des nôtres... Né à Nantes
le 24 juillet 1931, il s'engage en 1953 et choisit
1'aéronautique navale. Après le centre de formation
maritime d'Hourtin, il est affecté à la base de
Saint-Mandrier, puis au Maroc à Kouribga et à Agadir
où, second-maître au sein de la flottille 28F, il est
breveté pilote le 15 décembre 1954. |
| Amiral Jean-Charles Lefebvre Chef d'état-major de la Marine |
| Adieu cher Camarade. Adieu faut se
quitter... Éric Tabarly parlait peu mais il aimait chanter. En société, il ne fallait pas le prier longtemps pour qu'il interprète ses chansons préférées. Des chants de marin, des vrais d'autrefois; des airs sans doute appris à l'aube de sa carrière dans la Marine, en 1953. Sa voix imposait naturellement le silence autour de lui. Son interprétation, très juste, nuancée, personnelle, retenait l'attention et dominait seule une timide reprise en chœur. Fanny de Laninon avait sa préférence. Dans sa bouche, les couplets de Mac Orlan rendaient vie au Recouvrance d'avant-guerre et chacun ressentait la profondeur de cette chanson dont le rythme plaisant laisse oublier la tragédie qu'elle évoque. Le 30 mai dernier, lors du dîner de gala de la fête organisée à Bénodet par son épouse Jacqueline, pour célébrer les 100 ans de Pen Duick, il avait chanté Fanny a capella et, à la demande générale, entonné Adieu cher camarade, la vieille et émouvante chanson du gaillard d'avant. Éric avait inspiré, il y a quelques années, la création des Coffres de la Marine, une chorale amateur qui se réunissait au musée de la Marine pour apprendre les chansons de son répertoire. Parmi les amis que Jacqueline Tabarly avait réunis à Bénodet le 30 mai dernier, il y avait plusieurs Coffres qu'Éric a invités à chanter avec lui. Leurs voix n'étaient pas toujours aussi justes que celle de leur maître. Ils pleurent aujourd'hui sa disparition et ne chanteront plus jamais, sans penser à lui, les derniers vers de sa chanson préférée... |
Éric Tabarly: L'exemple "Les
Français n'ont pas le sens maritime", regrette-t-on
souvent. Cette dimension de la mer, indispensable à la
vie et à la survie d'une nation comme la nôtre, comment
mieux le faire connaître, respecter, entrer normalement
dans nos mœurs politiques, nos pensées
stratégiques, nos habitudes sociologiques ? Il a
appartenu à un officier de marine, Eric Tabarly, de
réussir à populariser la mer. Sans aucune concession,
en restant parfaitement droit, clair, honnête. Lui
même. Et par la voile: ses victoires répétées sur le
plan international ont fait comprendre aux Français que
nous avions des marins, les meilleurs, et donc que la mer
existait. Pas seulement comme le thème d'évasion. Pas
seulement comme une coûteuse fantaisie de plaisancier.
Non, comme un métier sérieux, un risque assumé, une
volonté d'être meilleur et de se dépasser. Une vie. |
| Et j'sais bien qu'ma dernière
chance, S'ra d'faire mon trou dans l'eau... CF Serge Thébaut |
Jean-François Deniau de l'Académie française |